Présentation
Dans sa célèbre conférence « Qu’est-ce qu’une nation ? » (11 mars 1882) [......] Ernest Renan [...] s’efforce de définir au maximum la Nation comme une union de volontés librement orientées vers un même projet de vie en commun. Il n’y voit pas, ou seulement de façon secondaire, une communauté fondée sur la possession de caractères objectifs tels que la race, la terre, l’autorité, la tradition ou la langue.... (Hude H, 2004, p.313)
Les propos tenus par Henri Hude ne peuvent que nous interpeler à l’époque où les frontières des Nations s’estompent pour laisser place à un espace mondial. De fait, cet espace, au-delà d’une logique économique, amène à repenser les relations humaines et par là même l’utilisation et donc l’enseignement/apprentissage des langues.
Pas plus que la « possession » d’une langue ne saurait être un caractère objectif d’appartenance à une nation, il n’est pas imaginable qu’une langue s’impose à l’exclusion de toutes les autres dans un espace mondialisé. Ainsi, alors que nous sommes amenés à vivre dans un monde complexe, multitude de nations, multitude de cultures, multitude de traditions, devons nous apprendre une multitude de langues pour nous comprendre ?
En effet, si on considère la mondialisation comme un processus par lequel des individus, des activités humaines et des structures politiques voient leur dépendance mutuelle et leurs échanges matériels autant qu’immatériels s’accroître à l’échelle de la planète, cela veut dire que ce processus contribue à l’expansion des échanges et des interactions humaines.
Dès lors, pourquoi ne pas envisager, comme ce fut le cas, à l’époque des Nations, que le processus de mondialisation ne soit pas envisagé comme « une union de volontés orientées vers un même projet de vie commun » et que la langue soit au service de la construction de ce « projet de vie commun » ?
Il se trouve que l’enseignement/apprentissage des langues est aujourd’hui ancré sur un outil, le Cadre européen commun de référence pour les langues (CECRL), qui nous ouvre des pistes de réflexion pour répondre aux deux questions préalablement posées : devons nous apprendre une multitude de langues pour nous comprendre ? La langue peut-elle être au service de la construction d’un projet commun ?
Aussi, dans une première partie nous analyserons le potentiel du CECRL en lien avec les deux questions posées. Dans une deuxième partie, nous verrons en quoi ce potentiel peut faire évoluer la réflexion didactique et enfin nous ferons une proposition de mise en œuvre de cette réflexion.